La notion de “liminalité” gagne de plus en plus de résonance dans notre compréhension des expériences de transition et de transformation. Bien que le terme puisse paraître mystérieux ou académique, il trouve des applications concrètes dans des pratiques de bien-être et de reconnexion à la nature, comme le bain de forêt.
Dans cet article, nous allons explorer ce qu’est la liminalité, pourquoi elle est si puissante dans le contexte du bain de forêt, et comment elle peut nous aider à redécouvrir un espace de calme intérieur.
Qu’est-ce que la liminalité ?
Ce terme, apparu en 1990, est attribué à Victor Turner, un anthropologue britannique, dans le cadre d’approfondissement des travaux sur les rites de passage d’Arnold Van Gennep, ethnologue et folkloriste français.
Victor Turner élabore le concept de liminalité dont l’étymologie vient du nom latin limen ou liminalis, signifiant le seuil, l’entrée.
Selon Marcel Calvez, professeur de sociologie français « La liminalité désigne cette situation de seuil dans laquelle l’individu flotte dans les interstices de la structure sociale ».
Elle décrit donc un moment de transition entre deux phases, souvent caractérisé par l’ambiguïté, la transformation, et un sentiment d’indéfinition. Par exemple, une cérémonie de passage à l’âge adulte est un espace liminal entre l’enfance et l’âge adulte. C’est un moment où les anciennes identités s’effacent, mais les nouvelles ne sont pas encore complètement formées. Dans un sens plus large, la liminalité peut désigner n’importe quel état où l’on se trouve entre un “avant” et un “après.”
Cet état de transition est puissant car il permet la transformation. Lorsque nous ne sommes plus défini.e.s par notre identité habituelle, nous sommes libres d’explorer, d’apprendre, et de grandir. La liminalité crée un espace où tout devient possible.
Le bain de forêt comme espace liminal
Le bain de forêt est une pratique de plus en plus populaire qui encourage une immersion en pleine nature pour se ressourcer, se reconnecter et apaiser l’esprit. Ce n’est ni une randonnée ni une activité sportive, mais plutôt une expérience de présence où l’on se laisse porter par la forêt. Dans ce contexte, la forêt devient un espace liminal, un lieu qui nous invite à sortir du rythme frénétique du quotidien pour entrer dans un moment suspendu, entre deux réalités.
Quand on pénètre dans une forêt, il se produit un changement subtil mais profond : la densité des arbres, le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles et l’odeur de la terre fraîchement humide nous invitent à nous mettre au diapason de la nature, sans avoir à fournir un effort.
Cet environnement naturel nous plonge dans un état où nos rôles habituels – nos responsabilités, nos préoccupations, notre quotidien – perdent de leur importance. Dans ce moment de suspension, nous sommes libres d’exister en dehors des cadres habituels, d’entrer dans une temporalité autre, proche de celle de la nature elle-même.
La forêt comme seuil entre soi et le monde
La forêt, en tant qu’espace liminal, ne nous impose rien : elle accueille simplement notre présence. Elle est un lieu de transition entre notre monde intérieur et le monde naturel. C’est dans cette absence de “besoin de résultat” que la magie de la liminalité opère. Dans la forêt, nous n’avons rien à prouver, rien à accomplir ; nous sommes simplement là pour nous ouvrir à la sensation d’être vivant.e.
Cette immersion dans la forêt permet d’explorer ce qui est souvent négligé dans notre quotidien : le simple fait d’être là, sans jugement ni pression. Se sentir lié.e. à un environnement qui dépasse notre contrôle, où l’être humain n’est qu’une partie parmi d’autres, invite à une forme d’humilité et de sérénité. Dans cet état, il devient possible de se redécouvrir, de se réaligner, et de se reconnecter à un sentiment d’appartenance profonde à la nature.
Les bienfaits de la liminalité en bain de forêt
Les bienfaits du bain de forêt, amplifiés par la liminalité, sont nombreux. Des études ont montré que les bains de forêt réduisent le stress, améliorent l’humeur, et renforcent le système immunitaire. Mais au-delà des effets physiques, il existe un bénéfice psychologique plus subtil : cette pratique nous aide à faire face à des périodes de transition dans nos vies.
Lorsque nous nous autorisons à entrer dans cet état liminal, nous embrassons notre propre capacité à être entre deux choses, à accepter l’incertitude et à explorer l’inconnu. Pour beaucoup, cette rencontre avec la liminalité en forêt se traduit par une réinitialisation mentale, un espace pour faire le point et trouver une clarté intérieure. C’est dans ce calme liminal que les réponses aux questions intérieures émergent souvent de manière spontanée.
Intégrer la liminalité dans son quotidien
Pratiquer le bain de forêt, c’est embrasser un état de liminalité que nous pouvons essayer de cultiver au-delà des moments passés dans la nature. Cela signifie intégrer davantage de moments de pause et de présence dans notre quotidien. Chaque fois que l’on se donne la permission de ralentir, de se détacher des préoccupations, même pour quelques instants, nous accédons à cet espace où la transformation devient possible.
Conclusion : la liminalité, un pont vers soi-même
Le bain de forêt, en tant qu’expérience liminale, est une pratique transformatrice qui nous invite à un retour vers notre moi authentique. En franchissant ce seuil, nous faisons l’expérience d’un monde où l’être humain et la nature coexistent sans hiérarchie. Dans cet espace de transition, il est possible de se dépouiller du superflu, de laisser tomber les masques et de retrouver une simplicité et une clarté que l’on croyait peut-être perdues. La forêt, avec son silence et son immensité, nous offre un miroir pour redécouvrir qui nous sommes vraiment, au-delà de l’agitation du monde moderne.
La prochaine fois que vous aurez l’occasion de vivre un bain de forêt, souvenez-vous que cet espace n’est pas seulement un lieu pour vous ressourcer, mais aussi une invitation à entrer dans une réalité liminale où tout est possible, et où vous êtes libre d’être simplement vous-même.